La souveraineté numérique est-elle un sujet technique ou stratégique ?
Le débat autour de la souveraineté numérique en Europe s’intensifie.
Entre exigences réglementaires (NIS2, RGPD), dépendance aux hyperscalers américains et montée des risques géopolitiques, de nombreuses directions IT s’interrogent :
Est-il possible de construire une infrastructure 100 % européenne ?
Un récent article publié par Coinerella, intitulé “Made in EU – It Was Harder Than I Thought”, apporte un éclairage particulièrement intéressant. L’auteur y décrit son expérience : bâtir toute l’infrastructure de sa startup exclusivement avec des services européens, sans AWS, Google Cloud ni Cloudflare.
La conclusion est claire :
✔️ Oui, c’est techniquement possible.
✔️ Les performances sont au rendez-vous.
✔️ Les coûts peuvent même être inférieurs.
Mais la difficulté ne réside pas là où on l’imagine.
L’infrastructure n’est plus le vrai sujet
L’expérience relatée met en évidence une réalité que nous observons également chez eMind :
Le verrouillage technologique n’est plus uniquement lié au cloud provider.
Il est écosystémique.
Quitter un hyperscaler, ce n’est pas seulement migrer des machines virtuelles ou des bases de données. C’est remettre en question :
Les outils de développement (GitHub, CI/CD, intégrations natives)
Les systèmes d’authentification (OAuth Google / Apple)
Les plateformes de distribution applicative (App Store, Google Play)
Les outils marketing et d’acquisition
Les modèles d’intelligence artificielle dominants
Autrement dit :
On peut déplacer ses serveurs.
On ne déplace pas aussi facilement ses usages.
De la dépendance technique à la dépendance stratégique
Pour les entreprises, la question ne se limite plus à l’hébergement des données.
Elle devient :
De qui dépend mon fonctionnement quotidien ?
Quels sont mes points de dépendance critiques ?
Quelle est mon exposition en cas de rupture géopolitique ou réglementaire ?
Ma stratégie cloud est-elle alignée avec ma gestion des risques ?
C’est ici que la souveraineté numérique quitte le terrain technique pour entrer dans celui de la gouvernance IT.
NIS2, gestion des risques et résilience numérique
La directive NIS2 renforce les obligations des organisations en matière de gestion des risques et de résilience.
Or, une dépendance excessive à un écosystème unique peut constituer un risque systémique :
Concentration des fournisseurs
Difficulté de réversibilité
Dépendance à des services non substituables
Manque de maîtrise contractuelle
La souveraineté numérique ne signifie pas nécessairement “tout migrer vers l’Europe”.
Elle implique avant tout :
✔️ Identifier ses dépendances critiques
✔️ Évaluer les risques associés
✔️ Mettre en place une stratégie de diversification ou de maîtrise
✔️ Intégrer ces éléments dans la gouvernance IT globale
Une approche pragmatique plutôt qu’idéologique
Chez eMind, nous observons que la question ne doit pas être traitée sous l’angle idéologique, mais stratégique.
Il ne s’agit pas de remplacer systématiquement tous les fournisseurs américains.
Il s’agit de :
Comprendre où se situent les risques réels
Identifier les dépendances non maîtrisées
Définir une trajectoire cohérente avec les objectifs business
Intégrer la souveraineté dans la stratégie IT globale
La souveraineté numérique n’est pas un projet technique isolé.
C’est une décision de gouvernance.
Conclusion
Migrer une infrastructure est un projet IT.
Réduire une dépendance stratégique est un projet d’entreprise.
La question clé n’est donc plus :
Où sont hébergées mes données ?
Mais :
Qui contrôle les briques essentielles de mon fonctionnement numérique ?
C’est dans cette réflexion que la souveraineté numérique devient un véritable levier de résilience et de maturité organisationnelle.